Ricotta et granita aux amandes dans les montagnes siciliennes
Le coucher de soleil est toujours un moment pour lequel le temps se suspend à Migliosi. Ici, tout le monde s’interrompt dans ses activités afin d’apprécier la boule de feu se couler peu à peu dans la Méditerranée.
Les fins de journées sont fraîches à 1110m d’altitude, même lors d’un mois d’août en Sicile. Ivan, sa compagne Valentine et Nino enfilent vite leur polaire. Ils sont les trois propriétaires des sept hectares qui forment leur terrain en bordure du parc naturel des Nebrodi, au lieu-dit Migliosi, au nord de l’île. Ils sont rejoints par Steve et Laura, un autre couple d’amis suisses, qui viennent de faire rentrer les poules.
Au départ, il n’y avait rien. Deux vieilles étables abandonnées et poussiéreuses, des terrasses de pommiers délaissés, et les bruissements d’anciens contes siciliens que les brises du couchant laissaient deviner.
Pioche en main, il fallut d’abord créer un foyer.
On a envie de reprendre la main sur notre manière d’être au monde. On aimerait créer un cercle vertueux avec nos propres cycles naturels et ceux autour de nous. S’intégrer harmonieusement dans cet écosystème que nous avons choisi ici…ou qui nous a choisis ?
Ivan
C’est un projet alternatif, hors du temps, qui est en train de se construire. On touche à différents aspects qui englobent le jardin potager, les productions fruitières, les animaux, la fabrication du fromage, la cueillette de plantes médicinales, la fabrication de savons, de sirops, d’autres petits produits artisanaux. Je vois ça comme une sorte d’éventail géant qui permet l’expérimentation à large échelle. Et certainement qu’avec le temps, le projet prendra des directions particulières. C’est une façon de vivre différente.
Laura
La terre chaude sicilienne s’apprivoise au fil des jours et révèle peu à peu ses secrets ; il faut pour cela prendre le temps de ralentir et d’accorder sa respiration aux battements du sol.
La récolte du jour est généreuse. On n’oublie pas de mettre quelques patates et six œufs frais de côté pour Antonella, une amie du coin. Dans quelques jours, on ira l’aider à ramasser des noisettes dans son jardin. Par ici, on apprend rapidement le sens d’une vraie solidarité de voisinage.
Il est midi passé, les ventres sonnent creux ; on laisse les légumes de saison guider l’inspiration des coups de couteau en cuisine.
Ces jours-ci, ce sont les haricots et les courgettes qui ont les faveurs de l’assiette. Les bouquets d’origan sauvage suspendus éveillent les narines et se mêlent aux odeurs de cuisson.
Les visites de proches sont fréquentes. On n’oublie jamais de les emmener déguster une granita à la ricotta ou aux amandes, accompagnée de sa brioche tiède.
Certain·es ne restent que quelques jours. Pour d’autres, Migliosi est une simple parenthèse de quelques heures.
Puis il y a des gens comme Steve et Laura, qui décident de rester pour une année entière.
On est vraiment dans une bulle de calme et de silence. C’est quand je réalise pleinement cela que je vibre le plus fort. Voir ces paysages, ces forêts, entendre la chouette hulotte le soir, voir les chauves-souris qui passent juste au-dessus des granges la nuit. Cette connexion avec le vivant sous toutes ses formes, c’est ce qui me plaît, c’est ce que je cherchais depuis longtemps dans ma vie.
Steve
Les moments plus difficiles sont là ; un tel choix de vie s’accompagne de son lot d’incertitudes, de la nécessité de construire de nouveaux repères. La réalité d’un tel projet est bien éloignée du fameux retour à la terre si souvent romantisé.
Mais la montagne du Cuculo, surplombant la vallée et caressant les flancs du parc des Nebrodi, veille comme une gardienne ; lorsque les doutes sont tenaces, elle vient les chasser avec ses songes et ses brises.
Le soleil termine doucement sa promenade quotidienne. Généreux, il offre des teintes que tout le monde souhaite apprécier à leur juste valeur.
On raconte la journée écoulée, on rit, on boit une bière, un sirop de mûres, on mange une tartine à la ricotta, une part de tarte aux figues.
On ne parle pas encore de demain, car demain est un autre jour.
J’aime les couchers de soleil ici, c’est toujours un moment d’accomplissement. On se dit « ah voilà, c’est la fin, j’ai terminé ma journée ». Je prends le temps d’observer, de réaliser ce qu’il se passe, d’en profiter. Tu te recentres sur le moment présent, sur ce qui est devant toi, sur le soleil qui se couche dans la mer. Je crois que c’est un moment que je chéris énormément.
Valentine